La restauration est-elle à un tournant dans sa façon de travailler ?

23
February
2026
2
min de lecture
Le 10 février, le Foodorama a réuni autour d’une table ronde plusieurs acteurs clés du secteur : Florent Malbranche, cofondateur et CEO de Rosk et Brigad, qui animait les échanges, Agathe Szymanek (DRH de BAO Family), Julia Chican (CEO et cofondatrice de Maslow Group) et Frank Trouet (délégué général du GHR). Derrière une question simple : faut-il changer la façon de travailler dans la restauration ? - un constat s’est rapidement imposé : le secteur ne traverse pas une crise passagère mais une transformation structurelle profonde.

Un malaise devenu structurel

Depuis plusieurs années, les signaux d’alerte s’accumulent. Et ils ne relèvent plus de cas isolés. Une récente étude menée par L’Obsoco et Service Compris le montre clairement : 

  • près de 8 restaurateurs sur 10 déclarent souffrir de stress
  • plus de 6 sur 10 d’anxiété
  • 43 % ont envisagé d’arrêter leur activité au cours des douze derniers mois.

Ces chiffres traduisent une fatigue entrepreneuriale réelle, alimentée par des causes bien identifiées : hausse des matières premières, poids administratif, marges sous pression… mais surtout pénurie de personnel et turnover élevé.

Autre signal fort : 73 % des néo-restaurateurs ne sont pas issus du métier. Ils digitalisent volontiers la réservation, la caisse ou la communication. En revanche, les méthodes d’organisation du travail et de gestion RH évoluent beaucoup plus lentement.

Le travail, plus que le salaire, au cœur de l’équation

Contrairement à une idée reçue, la passion n’a pas disparu. Deux tiers des professionnels associent encore leur métier à l’épanouissement personnel.

Mais cette passion se heurte à des conditions de travail exigeantes : horaires fractionnés, week-ends travaillés, pression continue.
Pour les nouvelles générations, la rémunération seule ne suffit plus. Elles attendent :

  • un meilleur équilibre vie professionnelle / vie personnelle
  • plus de flexibilité
  • de la reconnaissance
  • des perspectives d’évolution lisibles

Dans ce contexte, le turnover apparaît moins comme un manque d’engagement que comme le symptôme d’un décalage entre attentes des salariés et organisation interne.

Reprendre la main sur l’organisation

Face à la pénurie, continuer à gérer les équipes dans l’urgence devient un risque économique. Les échanges du Foodorama ont mis en lumière plusieurs leviers concrets.

  1. Le management. Former les managers, structurer les pratiques, clarifier les rôles permet de réduire les tensions et d’améliorer durablement l’engagement des équipes.
  2. Les parcours d’évolution. Offrir des perspectives concrètes - chef d’équipe, responsable, multi-sites - limite les départs prématurés et redonne de la visibilité aux collaborateurs.
  3. La marque employeur. Transparence sur les conditions de travail, discours clair sur la culture d’entreprise, valorisation des équipes : l’image interne d’un établissement conditionne directement sa capacité à recruter.
  4. Le planning. Mieux anticiper les pics d’activité, limiter les coupures lorsque c’est possible et s’appuyer sur des outils de gestion adaptés permet d’améliorer les conditions de travail sans nécessairement alourdir les coûts
  5. La digitalisation - planning, RH, réservations, suivi du staff cost - qui ne remplace pas l’humain mais réduit la charge administrative et libère du temps pour le pilotage et le management.

Intégrer les nouvelles formes de travail

Le rapport au travail évolue aussi côté salariés. Une partie des professionnels privilégie désormais la flexibilité à la stabilité du CDI. Intérim, missions ponctuelles et statuts indépendants répondent à cette attente.

Plutôt que de subir cette évolution, les établissements peuvent l’intégrer à leur organisation. C’est dans ce contexte que les plateformes spécialisées prennent tout leur sens.

Rosk permet aux restaurateurs de mobiliser rapidement des renforts qualifiés, tout en offrant aux professionnels la liberté de choisir leurs missions. L’objectif n’est pas de remplacer une politique RH structurée, mais de la compléter : absorber un pic d’activité, gérer une absence imprévue, sécuriser la qualité de service.

Changer, non par idéologie, mais par pragmatisme

Les chiffres sont clairs, les témoignages convergent. Le modèle historique, fondé sur l’endurance et la passion, atteint ses limites dans un environnement économique instable.

Changer la façon de travailler, c’est avant tout professionnaliser l’organisation : mieux gérer les RH, structurer le planning, investir dans les bons outils, renforcer l’attractivité des établissements et adapter les formes de collaboration.

La restauration reste un secteur créatif, vivant et désirable. Sa pérennité dépend désormais de sa capacité à moderniser son organisation du travail.

La question n’est plus idéologique. Elle est profondément opérationnelle.

Bon à savoir
“Je pense qu'il faut qu'on passe du chef au coach. On a environ une demi-heure, trois quarts d'heure par mois, où il y a une session, que j'aime bien faire en marchant dans le quartier, où on ne va aborder avec la personne aucun truc opérationnel, mais vraiment plus les questions de “comment tu te sens ?” Il faut que la personne ait l'honnêteté de dire comment elle se sent. […] C'est un cadeau pour la personne, de lui dire, c'est trois quarts d'heure par mois où on a le temps de réfléchir un peu à toi et comment tu peux mieux te sentir, progresser et te développer dans cet environnement.”
Bertrand Jelensperger
“J'ai un cas en cuisine, il était commis et à partir du moment où on a dit ça, il a demandé à la chef « Il faut que j'apprenne quoi ? Qu'est-ce que je dois savoir faire ? » Et là, il est sous-chef et ça passe très bien. Il a appris les choses les unes après les autres. Ici, le cadre est clair, le système est clair. On lui dit, si tu sais faire ça, tu es promu. “
Bertrand Jelensperger
“Les commis m’ont dit plusieurs fois, mais c'est super de travailler des légumes comme ça. Déjà, parce que les légumes arrivent complètement bruts. Dans la restauration rapide, les légumes arrivent d’une légumerie, donc, ils sont déjà découpés, lavés, etc. Nous, ils arrivent du champ ! On voit les légumes, on les lave, on les coupe, etc. En salle, il y a pas mal de végétariens chez nous. On sent qu'il y a beaucoup de personnes qui ont quand même réfléchi à toutes ces questions du rapport entre l'alimentation, la santé, la planète, etc. Et quand ils voient une annonce pour Mûre et qu'ils comprennent un peu le projet, ça leur parle.”
Bertrand Jelensperger
“Dans un milieu où nos marges ne sont pas excessives, comment est-ce qu'on fait pour mieux payer nos gars, alors que nous-mêmes, on est de moins en moins rentables ? Je pense qu'aujourd'hui c'est un peu ça notre challenge. C'est ok, on a envie de continuer à faire bien, on a envie de pouvoir payer correctement, on a envie de pouvoir être attractif sur le milieu et sur le marché.”
Annaïg Ferrand
Co-fondatrice et COO d'Ephemera
“Le problème, il n'est pas tant dans le nombre de CV qu'on reçoit, il est peut-être plus dans la qualification. […] On ne va pas forcément rechercher l'expérience. Si demain, c'est quelqu'un qui a de la volonté, qui a de l'endurance, qui est sportif ou autre et qui a de la volonté, qui est adaptable et qui est bienveillante. Si on voit ça d'une manière ou d'une autre sur le CV et en premier appel téléphonique, ça nous suffit pour te mettre en essai. Le travail, tu vas l'apprendre avec nous, il n'y a pas de problème.”
Annaïg Ferrand
Co-fondatrice et COO d'Ephemera
“C'est-à-dire qu'au début, tous nos salariés en salle étaient des temps pleins. Ils étaient tous en 3,5-3,5. Et c'était 3 jours et demi de repos consécutifs. Donc c'est toujours quelque chose qui a été important pour nous : une équipe a son samedi et l'autre a son dimanche.”
Annaïg Ferrand
Co-fondatrice et COO d'Ephemera
“Comment mieux recruter ? La réponse facile, c’est l’argent. Tout le monde dit qu’il faut revaloriser les jobs en restauration en termes financiers. Mais il y a une équation économique à tenir. […] La qualité d'intégration, d'accueil, de comprendre pourquoi les gens sont là, pourquoi ils font ce métier-là, de leur redonner le goût de ça. (…) Il me semble que c’est le plus important”
Nicolas Bergerault
Fondateur de l’Atelier des Chefs
”On voit toute une nouvelle génération de restaurateurs qui ne viennent pas forcément du monde de la restauration. Ils sont entrepreneurs. Et ils décident d'être entrepreneurs dans la restauration. Avant, ils faisaient des RH, du marketing, de la finance… Tout ça pour dire qu'ils savent accueillir les équipes !”
Nicolas Bergerault
Fondateur de l’Atelier des Chefs
“Le degré de motivation est en fonction de l'ambiance : quand j'ai un jeune apprenti qui m'appelle au bout de trois mois en disant « ça a bien démarré, mais ça fait trois mois que je ne fais que éplucher des patates », […] il en a ras-le-bol. Donc, il est démotivé.”
Nicolas Bergerault
Fondateur de l’Atelier des Chefs
“C’est donnant-donnant. C’est-à-dire que, quand tu sents que ton patron, ta patronne te laisse la possibilité de vivre des choses en dehors du travail, je trouve que tu n’abuses pas. J’essaie de faire comprendre aux salariés que la vie n'est pas censée s'arrêter au profit de leur travail, mais qu'ils peuvent vivre les moments importants de leur vie ! Comme des mariages familiaux, des naissances. […] C'est important de faire sentir que tu peux avoir cette liberté-là dans l'entreprise.”
Chloé Charles
“La coupure, ce n’est pas pour rien que c’est un sujet aujourd’hui. La plupart du temps, tu n’as pas le temps de rentrer chez toi. Au pire, tu vas glander une heure dans ton canapé, puis après, tu retournes travailler.”
Chloé Charles
“Un chef qui essaye d'insuffler une bonne ambiance, certes de travail, mais tout en restant concentré, avec une ambiance de travail agréable, c'est largement faisable. Je trouve que ça se ressent même à travers la cuisine.”
Chloé Charles
“Des trucs qui nous paraissaient évidents, comme deux jours de repos consécutifs, ça paraît évident, mais ce n'est pas toujours respecté. Pour être sain dans sa tête, il faut avoir un vrai week-end. Alors effectivement, ce n'est peut-être pas un week-end du vendredi au dimanche, mais juste deux jours de repos consécutifs en dehors du travail, véritablement, c'est essentiel.”
Grégoire
« Au départ, on leur vendait le truc, on avait envie qu'ils y croient, quasiment comme des investisseurs. On s'est lancé pendant un an dans un marché. On se vendait un peu auprès d'eux, en fait. Je dirais que nos premiers employés, ils ont adhéré à notre histoire. Ils ont vraiment cru en nous. On a eu cette chance qu'ils croient en nous à fond pour nous suivre sur un truc. »
Grégoire
“C'est aussi de se dire, j'ai envie de travailler quelque part où je suis ok avec les valeurs de l'entreprise, je suis ok avec les valeurs du travail. Personnellement, moi, c'est comme ça aussi que je choisis mes jobs. […] Donc, je ne peux qu'être d'accord aussi avec ces nouvelles valeurs qui émergent dans le monde du travail.”
Inès El Baba
“On a décidé d'investir sur la masse salariale et c'est ça le plus important. […] On a investi sur du personnel pour pouvoir faire en sorte que chaque salarié puisse avoir un planning correct.”
Inès El Baba
“Je pense que la précipitation sera toujours la plus grosse erreur de recrutement en restauration ou d'ailleurs dans tous les secteurs. […] À chaque fois qu'on ouvre un poste, finalement, il le fallait pour il y a trois jours, le temps de former, d'onboarder, etc.”
Inès El Baba
“Je préfère d'autant plus travailler avec ces gens-là parce que je trouve que ça montre une vraie passion et il y a un vrai travail et une réelle envie de faire de la restauration.”
Jean Covillault
“En règle générale, les gens passent une soirée avec le service. C'est le service qui arrive à créer cette proximité, cette chaleur humaine qui font que les gens vont revenir.”
Jean Covilault
“Pour que des gens assez novices puissent prendre les rênes assez rapidement parce que, recette simple, pas très compliquée. Je trouve que l’apprentissage, ça doit vraiment être au cœur du métier.”
Jean Covillault
Cette solution me permet de pouvoir équilibrer ma vie pro et ma vie perso grâce à la variété d’établissements. Je peux choisir mes horaires et les sites sur lesquels je travaille.
Josepha
Cheffe de rang
Ce que j’apprécie c’est la proximité, j’ai la possibilité de parler avec un interlocuteur, je me sens comme à la maison.
Guylene
Cheffe pâtissière

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